La guérisseuse blessée

Docteurs, thérapeutes,… Nous, les soignants, nous sommes tous des « guérisseurs blessés » comme l’évoque le psychologue Carl Jung. Ces mots résonnent chez moi à la fois en tant que personne blessée et en tant que soignante.

Mon ami, Randy Spiers, astrologue, a été le premier à me parler du « guérisseur blessé ».

Le psychologue Carl C. Jung, qui s’est intéressé aux archétypes, a développé la notion de « guérisseur blessé » pour décrire le processus qui se met en place entre un docteur et son patient, entre un guérisseur et son client. Jung est allé chercher l’origine de ce phénomène dans la mythologie grecque.

Jung a associé le soignant à Chiron, le centaure, mi-homme mi-cheval, qui avait une immense capacité à soigner. Selon le mythe, Chiron a été accidentellement blessé par une flêche empoisonnée d’Héraclès. Chiron a survécu, souffrant d’une blessure incurable jusqu’à la fin de ses jours. Il a continué à soigner les souffrants, jusqu’à ce qu’on lui donne l’opportunité de devenir mortel et de mourir. C’est grâce à sa blessure que Chiron est devenu un guérisseur légendaire.

« Survivante » du cancer et yoga thérapeute, je me considère, moi aussi, comme une guérisseuse blessée.

Il y a cinq ans, j’ai commencé à regarder ma blessure de plus près. Je sortais de mon second cancer. J’avais besoin de comprendre ma maladie. Que me disait-elle ? Dans ce processus, je suis remontée à mon enfance. Ma mère était dans une dépression profonde, totalement absente affectivement, sous valium. Mon père était occupé à travailler dur. Pendant ce temps, ni l’un ni l’autre ne portait leur regard sur moi. C’était comme si je n’existais pas.

Un besoin irrépressible d’être vue

Le fait de ne pas avoir été vue ni entendue enfant a laissé une profonde empreinte en moi. Comme tout autre personne, j’avais un besoin irrépressible d’être vue et entendue. J’ai pris conscience que j’avais développé, depuis ma petite enfance, une stratégie pour exister aux yeux des autres : je donnais abondamment en tout, en temps, en affection, en attentions…, pour être aimée. Je donnais aux camarades de classe, à ma famille, à mon amoureux, mes amis, mes clients, bref à tout le monde. Je donnais au point de m’épuiser, au point de tomber malade.

C’est comme ça que deux cancers ont fait irruption dans ma vie, à dix ans d’intervalle. La première fois, la maladie est survenue à la suite d’une relation abusive qui a duré dix ans.

Une fois remise, j’ai traversé l’océan et recommencé à zéro.

Parce que je croyais–et je crois toujours–à une vie à deux, je me suis mariée. Là encore, j’ai fait beaucoup pour être aimée. Là encore, je n’étais ni vue ni entendue. Le corps a parlé à nouveau, la maladie a réapparu. Dans mon parcours de guerison, j’ai eu l’immense courage de quitter notre relation.

J’ai laissé tomber ma carrière de journaliste d’entreprise pour créer mon propre style de yoga thérapeutique. J’y ai mis tout ce que j’avais appris tout le long de mon parcours. Pour la première fois de ma vie, je me suis sentie vue et entendue. Par mes clients.

Mon chemin a été ponctué d’autres « au revoir ».

Mon premier cancer a été le point de départ d’un voyage vertigineux vers la santé. Chaque étape de ce voyage a eu et a toujours un seul et unique but : me permettre d’être vue et entendue. C’est mon engagement envers moi-même, c’est ma mission en tant que personne et en tant que yoga thérapeute.

Sources:
The Wounded Healer as Cultural Archetype (Purdue University)
The Wounded Healer: A Jugian Perspective (jungatlanta.com)



L’étape des cinq ans

Cinq ans se sont écoulés depuis mon second cancer. Cinq années importantes pendant lesquelles j’ai appris une grande leçon : mes besoins profonds sont aussi importants que ceux des autres.

Il y a cinq ans, je reçevais le diagnostique de mon second cancer. Une fois de plus, j’étais térrifiée, face à face avec ma propre mortalité. Depuis, je suis en rémission complète grâce à Dieu, la vie, l’univers ou quelque soit le nom que l’on donne à ce plus grand que soi.

Mon second cancer m’a changé de manière plus profonde que le premier. Cette fois-ci, je n’ai pas changé mon style de vie. J’avais déja changé la façon de m’alimenter, de me relaxer, ma façon de vivre finalement dix ans auparavant, après mon premier cancer. Cette seconde fois, c’est au niveau de mon âme que la maladie m’a métamorphosée.

Quand je regarde en arrière, ces cinq dernières années ressemble à une route longue et sinueuse. Sur ce chemin, j’ai découvert quelque chose qui s’avère être essentiel à mon bien-être : l’importance de prêter attention à mes besoins profonds. Il faut dire que, pendant des années, j’ai accordé bien plus d’importance aux besoins des autres qu’aux miens. J’ai d’ailleurs une théorie sur les personnes qui ont eu un cancer. Elles partagent toutes un point commun : la tendance à placer les besoins des autres avant les leurs.

Revenons sur ma route longue et sinueuse.

En 2014, j’ai réalisé que j’avais aidé mon mari à atteindre son rêve–acheter une maison. Il se trouve que son rêve, même si je l’ai compris plus tard, n’avait rien à voir avec le mien. Je me fichais royalement d’être propriétaire d’une maison. Ce qui m’importait c’était d’être vue par l’homme que j’aimais. Nous avons fini par acheter une maison et dans une relation vide de connexion profonde. Nous avons divorcé. Deux ans plus tard, j’ai lâché une carrière de journaliste d’entreprise de plus de 25 ans. Avoir un certain titre et statut professionnel était le rêve de mon père, pas le mien. Ensuite est venu le temps où j’ai dit « non » à des amis pour la première fois. Ils étaient habitués à ce que je réponde présente quelque soit la situation dans laquelle je me trouvais. Le temps est venu aussi où j’ai commencé à apporter davantage de joie dans ma vie. J’ai toujours aimé danser. Je rêvais depuis longtemps d’apprendre des danses, toutes sortes de danses. Aujourd’hui, la « contra dance », le « zydeco », la salsa et la « blues dance » font partie de ma vie.

Je vis un nouvel amour depuis un an. Plus que tout, cette relation teste ma capacité à prêter attention à mes besoins profonds, et pas seulement à ceux de mon amoureux. Je suis sur le bon chemin. La prochaine étape va être–j’ éspère, peut-être–de trouver un équilibre entre nos besoins respectifs.

Plusieurs choses m’ont été vitales sur cette route longue et sinueuse : l’écoute à laquelle j’accède grace à ma pratique du yoga, et la présence, près de moi, de personnes qui voient qui je suis et qui m’entendent comme celles dans mon groupe de Communication Non Violente.

Tchin aux cinq prochaines années !

A quoi ressemble votre résurrection ?

L’autre jour, j’ai demandé à mes étudiants à la fin de notre séance de yoga thérapeutique, lorsque nous nous sommes regroupés en cercle, à quoi ressemblait leur résurrection après ces mois d’hibernation. C’était juste après le week-end de la fête chrétienne de Pâques et la Pâque juive.

Je voudrais vous poser cette même question. Autrement dit, d’où émergez-vous ? Qu’est-ce qui a changé en vous ces derniers mois ? Qu’avez-vous appris sur vous-même ? Qu’avez-vous lâché qui ne vous sert plus ? Et qu’avez-vous adopté de nouveau ? Qui est ce nouveau « vous » ? Quelle est cette personne que vous êtes en train de devenir et que ressentez-vous à l’idee de cette nouvelle version de vous-même ?

Faites une pause et allez dans votre ressenti. Cela en vaut la peine. Cela vous permettra, au bas mot, de prendre conscience du chemin parcouru, de tout ce que vous avez expérimenté. Je suis sûre que c’est beaucoup.

« Cathédrale énergie »

Un architecte francais qui croit en « l’architecture sacrée », Pascal Boivin, a écrit un texte la nuit de l’incendie dévastateur de Notre Dame de Paris. Boivin parle de cette tragédie comme d’un « feu rédempteur ». Un texte puissant à lire quelque soit notre foi, nos croyances.

«Notre Dame de Paris, cœur de la capitale, phare spirituel de l’Ile de France, est l’axe historique de la nation. Nos ainés, les maîtres bâtisseurs ont fondé sur l’ile de Cité un foyer rayonnant qui a nourri les pages du temps. La cathédrale est une pièce maîtresse dans un ensemble, autant en France qu’en Europe, qui constitue un maillage énergétique vivant irriguant l’esprit du continent depuis près d’un millénaire.

L‘incendie du 15 avril à l’aune de la semaine sainte ou le soir même d’un rendez-vous politique important est-il une simple fatalité ?

Les lieux saints, religieux, lieux d’énergies, parlent aux âmes qui veulent les entendre.

Notre Dame , ce joyau touristique est pénétré quotidiennement par des dizaines de milliers de personnes. Pour les énergéticiens des hauts lieux, il est reconnu que la qualité sensible du lieu est affecté par ce flux constant pas forcément porté vers la spiritualité qui est la vocation initiale de l’église.

Les grands édifices sont des caisses de résonnances que les architectes luthiers du moyen âge ont réglé pour porter les vibrations de la liturgie de l’époque. Le contenu a évolué au fil des siècles, mais la puissance de ces vaisseaux est restée intacte. Peu d’initiés savent encore piloter ces émetteurs-récepteurs des échanges entre la terre et le cosmos, entre la vie profane et les mystères de l’Esprit. Au fil des siècles, des évènements, la cathédrale a accompagné les moments de l’histoire de chacun et la destinée de tous. Et elle paraît démesurée pour la vie d’aujourd’hui.

Si la cathédrale est la pierre sur laquelle est bâtie l’église catholique, la République aussi l’a faite sienne. Les légendes des siècles ont pénétré les joints de la pierre, et le peuple de Paris y a logé ses peines.

En ce soir rougeoyant, le ciel a pris feu et l’incendie a gagné la forêt. Le ciel a parlé.

Pour les bâtisseurs, la pente de la toiture constitue la racine du ciel et chaque angle a un sens pour mettre en vibration les proportions de l’édifice. La cathédrale tout à coup étêtée semble aplatie. Toutes ses antennes lancées vers les étoiles se sont effondrées. Le bois s’est embrasé, le plomb a fondu, les couvertures se sont affaissées. Les gargouilles n’auront plus rien à vomir, les voûtes nues seront livrées aux affres des intempéries.

Si l’élan de la perfection permet à la pierre de Notre Dame de résister comme celle de sa sœur, la cathédrale de Reims qui a tenu lors des bombardements de 1914, alors les flux de la terre trouveront encore le chemin du ciel et le vaisseau jaillira à nouveau vers les nues.

Ce brasier de la Pâque a conjointement une connotation spirituelle, une dimension symbolique, et une portée politique,

Au plan spirituel, l’embrasement de la forêt, l’effondrement de la charpente, la brèche de la nef, et toutes les meurtrissures des joyaux de ce monument sont une métaphore du martyr chrétien. Notre Dame abrite la couronne d’épine du Christ et certains croyants y verront un écho qui rebondit entre les millénaires.

Au plan symbolique, la cathédrale est le lieu qui accueille le peuple et l’éveille au ressenti de l’élévation. Contrairement aux lourdes voûtes romanes souvent réservées au recueillement intérieur des communautés d’initiés, la dentelle de pierre des nefs gothiques appelle la lumière, celle qui élève le regard vers le ciel. La cathédrale est un média, un amplificateur de vibrations qui stimule et harmonise les rythmes vitaux avec ceux du cosmos.

Ce feu rédempteur nous privant pour un long moment de l’instrument de l’éveil nous oblige à puiser en nous des forces autonomes. Il vient nous suggérer que le temple premier est notre corps. Il nous dit que la vibration est au cœur de notre cellule. Il nous montre que la lumière est l’information qui donne le souffle à notre ADN. Il ne s’agit plus de chercher la spiritualité ailleurs, uniquement dans la religion, dans les textes ou dans les lieux sacrés, ce que plus grand monde pratique. L’Esprit est au cœur du vide intérieur, cet espace subatomique, au delà même des particules élémentaires, ce vide sidéral dont la vacuité est la substance de notre plénitude.

Enfin, le réseau des cathédrales forme un réseau de communication en parallèle au réseau des monastères des différents ordres religieux, notamment celui des Cisterciens. Ce maillage du territoire européen a innervé la construction de la civilisation de l’Europe par delà les royaumes et les nations, a tissé ses valeurs communes, et porté la puissance de la pensée.

A l’heure du chacun pour soi et de la dislocation de l’esprit commun, l’embrasement d’un des pivots de l’esprit européen provoque un choc émotionnel qui appelle un rebond des consciences. Le drame n’est pas gratuit.

La destruction de Notre Dame de Paris, par l’émotion qu’elle provoque, par l’élan de solidarité qu’elle suscite, révèle la portée universelle de ce haut lieu chargé d’histoire. Chacun en Europe s’y reconnaît car chacun possède en lui un tel lieu qui a porté ses peines, ses drames, ses deuils, mais aussi ses couronnements, ses célébrations, ses liesses.

La Cathédrale est un lieu de réconciliation et de paix. Que la plus emblématique s’effondre et toutes se lèvent pour l’épauler et la porter à se relever.

Le feu de l‘action appelle la mise en réseau des initiatives, des solidarités, des responsabilités.

L’énergie cathédrale est peut-être née ce premier jour de la semaine pascale. Cette mort du lieu porte en elle la renaissance d’un lieu de vie dont chacun est le porte flambeau. Une sorte de foi républicaine qui trouverait la paix à travers l’intégration de ses racines chrétiennes.

Cesser de râler et se vouer à l’initiative. Se mettre positivement en mouvement. L’action comme prière, et l’accomplissement comme célébration.

Puisse ce feu des siècles nettoyer les scories de nos histoires, et unir les êtres dans le partage de leur patrimoine commun universel. La cathédrale intérieure est le lieu d’une intériorité vivante et généreuse qui se reconnaît dans l’autre et accueille sa richesse. »

Auteur : Pascal Boivin, architecte, le 15 avril 2019.

Merci à Vincent Houba, Les Architectures Invisibles, pour avoir publié ce texte sur Facebook.

Ma vie en tant que yoga thérapeute dans une conférence sur le cancer

Pendant trois jours à Atlanta, j’ai navigué au coeur d’une conférence pour psychologues et travailleurs sociaux qui aident les personnes atteintes du cancer à aller mieux spirituellement, émotionnellement, socialement et financièrement. La yoga thérapie peut parfaitement s’inscrire dans cette démarche de soin multidisciplinaire.

Lors de la conférence annuelle de l’APOS (American Psychosocial Oncology Society) le mois dernier, un thérapeute de couple expliquait comment un couple gay avait fait face à un diagnostique de cancer. « Continue ta vie. Trouve-toi quelqu’un qui ne soit pas cassé », a dit le patient atteint d’un cancer de la prostate à son partenaire. Au final, la maladie a rapproché les deux partenaires qui se sont mariés à l’issue des traitements.

Je me suis inscrite à cette conférence de trois jours qui a eu lieu a Atlanta, fin février, à la fois en tant que yoga thérapeute et personne ayant été atteinte d’un cancer à deux reprises. Participer à cette conférence a été une révélation.

J’étais entourée de 200 psychologues, travailleurs sociaux, infirmiers et chercheurs venus des quatre coins des Etats-Unis, qui travaillent avec des personnes touchées par le cancer . L’objectif de cette conférence était d’aider à répondre à une question : comment aider les personnes atteintes d’un cancer ?

Je crois bien que j’étais la seule yoga thérapeute présente pendant la conférence. « C’est bien d’être la première », m’a dit une psychologue du Vermont. Probablement. Surement.

J’ai appris que j’étais l’une des 15.5 millions de survivants du cancer aux Etats-Unis. J’ai aussi appris qu’un « véritable tsunami de personnes touchées par cette maladie va déferler sur le pays » selon Richard Wender, docteur en médecine chez l’American Cancer Society, principalement dû au vieillissement de la population.

Davantage de personnes atteintes d’un cancer veut aussi dire davantage de personnes en rémission grace, notamment, aux progrès de la medecine. La dépression, l’anxiété et la fatigue font partie du quotidien de nombreux de ces survivants. L’amélioration de leur bien-être est donc une priorité. C’est une excellente nouvelle pour moi car c’est dans ce domaine que je peux aider.

J’ai appris au cours de cette conférence que le personnel médical, les docteurs en premier lieu, ont invité pour la première fois, il y a une quinzaine d’années, des psychologues et des travailleurs sociaux à travailler en collaboration avec eux. Aujourd’hui, ces mêmes psychologues et travailleurs sociaux veulent inviter « autour de la table » des professionnels d’autres disciplines, notamment des médecines alternatives tels que les yoga thérapeutes. C’est, en tous les cas, ce que ces psychologues et travailleurs sociaux disent.

L’un des conférenciers a projeté un slide sur l’écran qui montrait un tag sur un mur de Jérusalem : « Vous n’avez pas besoin de vos yeux pour voir, vous avez besoin d’une vision ».

Justement, j’ai une vision. Je vois des cours de yoga thérapie, de Yoga for Renewal, enseignés dans un centre bien-être (ou peut-être plusieurs centres) pour les personnes atteintes du cancer. Ces cours feraient partie d’un programme de soin pour aider ces personnes « à reprendre pied dans leur vie », selon l’expression de Barbara Jones, PhD et assistante sociale, qui a cloturé la conférence. J’ai peut-être (enfin) trouver les bonnes personnes pour faire de cette vision une réalité.

Photo: Lisa Shea, art-thérapeute (à gauche), et Pat Eden, musicothérapeute (au centre), travaille pour le Psychosocial Oncology Program de la Cleveland Clinic dans la ville de Cleveland dans l’Ohio. Lisa et Pat proposent aux patients qui le souhaitent de chanter et/ou de dessiner et peindre pendant leurs séances de chimio. J’ai demandé à Lisa et Pat ce que cela change pour un patient. « Tout ! », a répondu Lisa.

Un lieu où renaître

L’un des meilleurs centres bien-être et cancer des Etats-Unis est basé à Atlanta. J’ai participé à certains cours et ateliers qu’offre le centre, en tant que personne ayant été atteinte d’un cancer, et j’ai été bluffée par la créativité et la vivance de mes camarades de classe.

L’automne dernier, je m’étais mise en tête d’enseigner la yoga thérapie dans des centres de soin pour personnes atteintes d’un cancer. C’est comme cela que je suis tombée sur le Piedmont Cancer Wellness Center à Atlanta. Et c’est dans cet objectif que j’ai rencontré la responsable du centre, Carolyn Helmer. Ayant moi-même eu deux cancers, Carolyn m’a suggéré de commencer par participer à des ateliers et des cours offerts gratuitement par le centre. « Vous aurez ainsi une idée du lieu et apprendrez à connaitre les personnes qui viennent se ressourcer ici ainsi que les soignants ».

Sa proposition m’a quelque peu déroutée au début. J’étais convaincue que la yoga thérapie pouvait aider toute personne qui avait eu une expérience de cette maladie et j’étais décidée à enseigner cette discipline auprès de ce public. Par contre, je n’avais pas du tout envie de me retrouver au milieu de personnes en traitement qui, j’imaginais, ressemblaient à des zombies.

J’ai tout de même accepté la proposition de Carolyn. Du jour au lendemain, j’ai rencontré des personnes qui étaient ou avaient été affectées par le cancer du sein, le cancer des poumons et bien d’autres.

J’ai aussi été à la rencontre d’une chose que je n’avais pas imaginé trouver dans un lieu comme celui-ci–beaucoup de vivance.

J’ai participé à des séances de collage, des cours de yoga et des ateliers de développement personnel. Avec les autres participants, je partageais l’expérience d’avoir été face à une maladie qui nous avait chacun et chacune mise devant notre propre mortalité.

Je retrouvais souvent Cookie. Elle avait été atteinte d’un cancer du pancréas sept ans plus tôt et était en rémission. J’avais remarqué son air espiègle et ses remarques pertinentes pendant les ateliers. J’ai eu l’occasion d’échanger avec elle pendant un déjeuner. « Si cet endroit n’avait pas existé, je ne serai plus ici aujourd’hui », m’a-t-elle confié.

Un des ateliers auxquels j’ai participé avait pour objectif de nous faire prendre conscience comment prendre soin de soi. Le thérapeute-animateur nous a demandé de former des groupes de trois personnes et d’inventer une citation qui, pour nous, décrivait ce que prendre soin de soi voulait dire. Adele, Elizabeth et moi étions enthousiasmées par notre trouvaille : « Laissez tomber le masque de la perfection et remplacez-le par l’authenticité. Laissez votre créativité s’exprimer et accueillez l’inconnu à bras ouvert ».

Après l’atelier, j’ai pris l’ascenseur, puis traversé le lobby du bâtiment. Je me suis soudain arretée. Les personnes que je rencontrais, les employés et les visiteurs, avaient l’air vides et sans vie. Une pensée a traversé mon esprit. Je venais de passer trois heures avec des « cancéreux » qui avaient l’air plus vivants que les personnes en bonne santé . J’ai sourit en prenant conscience, qu’au final, les zombies me plaisaient bien.

Le visuel en haut de cette page est un collage que j’ai créé pendant la session « Soul Collage » du 5 janvier 2019. La carte s’intitule « Je te vois ».

Ce que je suis suffit

Ressentir que ce que je suis suffit, que je n’ai pas besoin de faire beaucoup pour être aimée est vital pour moi. Pourquoi ? Parce que j’ai payé le prix fort en faisant passer les besoins des autres avant les miens.

Le centre Bien-Etre et Cancer de l’hôpital Piedmont à Atlanta propose des ateliers de bien-être et de développement personnel pour les personnes qui sont ou qui ont été atteintes d’un cancer. La semaine dernière, le centre a proposé un atelier dont le titre a résonné chez moi, « Ce que je suis suffit : lâcher le perfectionnisme et le besoin de plaire aux autres ». Alors j’y suis allée. Participer à cet atelier m’a fait réfléchir sur mon propre parcours de vie et le chemin que j’ai dû faire pour ressentir que ce que je suis suffit, que je n’ai pas besoin de faire beaucoup pour être aimée.

J’ai quitté Paris pour Atlanta voilà 12 ans. Je sortais d’un cancer du sein et je croyais que mon nouveau mariage et le fait de changer radicalement de culture allait me rendre plus heureuse et me préserver de la maladie.

Je me suis trompée.

En 2014, j’ai fais une récidive.

L’épreuve m’a mise face à quelque chose que j’étais enfin prête à regarder. : j’avais passé la plupart de ma vie à tenter de plaire aux autres et à les aider à réaliser leurs rêves. J’étais persuadée que je devais faire beaucoup pour être aimée et je cherchais constamment l’amour et l’approbation des autres.

Il était temps de faire un changement radical, de commencer à voir qui j’étais et d’arrêter de chercher l’amour dans le regard des autres.

Deux ans plus tard, j’ai fait un grand pas dans ma démarche vers l’estime de moi. J’ai arreté une carrière de rédactrice corporate qui me vidait de mon énergie et je me suis donnée la permission de faire de ma passion –le yoga thérapeutique– mon métier.

L’atelier au centre Bien-Etre et Cancer la semaine dernière a été l’occasion pour moi de faire le point. Y a-t-il toujours des domaines de ma vie dans lesquels j’ai le sentiment qu’il faut que je fasse beaucoup pour être acceptée ? Lesquels ? Comment se fait-il que ce sentiment émerge à nouveau ? Sentir que ce que je suis suffit est l’un des grands projets de ma vie.

Et vous ? Avez-vous tendance à aller au-dela de vos possibilités et de constamment chercher à plaire aux autres ? Si oui, qu’est-ce qui vous pousse dans ce schéma-là ? Quel prix payez-vous pour faire l’impossible et plaire aux autres ? Voilà des questions qui méritent d’etre posées car elles pourraient bien vous guider vers un meilleur bien-être physique et émotionnel.

“Octobre rose” : c’est l’intuition qui a sauvé mon sein

L’intuition est un outil puissant, surtout lorsque l’on est dans une phase de rétablissement. Etre à l’écoute de mon intuition m’a aidé à garder mon sein et, en fin de compte, à guérir du cancer.

L’intuition est arrivée dans ma vie il y a 14 ans lorsque j’ai reçu le diagnostic de mon premier cancer du sein et commencé à pratiquer la yoga thérapie.

Lors de mon premier cancer, mon chirurgien a procédé à une chirurgie conservatrice, c’est-à-dire qu’il a enlevé la tumeur et conservé la partie saine du sein au lieu de faire l’ablation du sein (aussi appellée “mastectomie”).

La yoga thérapie m’a aidé à surnager les traitements médicaux et à rentrer davantage en contact avec mon intuition. La pratique m’a aidé à réduire les effets du stress chronique dont je souffrais et m’a permis de rentrer dans un état paisible à la fois physique et émotionnelle. Faire l’expérience de cette paix m’a donné accés à des moments de clareté sur les choix à faire dans des situations de la vie de tous les jours.

Dix ans plus tard, j’ai dû faire face à un second cancer. La tumeur était dans le même sein que la première fois. Je me suis retrouvée dans le cabinet de mon nouveau chirurgien. Il m’a annoncé, sans aucune hésitation, qu’il pouvait faire une chirurgie conservatrice comme mon premier chirurgien l’avait fait une décennie plus tôt. J’ai ressenti un immense soulagement. J’avais souffert d’insecurité émotionnelle, persuadée de ne pas être assez féminine, et cela pendant pendant des années. C’était ce qui m’avait poussé à rentrer en thérapie. Alors conserver mon sein–même s’il allait être “abîmé” par deux chirurgies–était vital pour moi.

J’avais plusieurs semaines pour me préparer pour la chirurgie.

Deux jours avant de rentrer à l’hôpital, mon chirurgien m’a appelé, la voix tremblante : “J’avais oublié la commission… J’ai été obligé de soumettre votre dossier à une commission… C’est la loi maintenant… Elle a voté pour la mastectomie”.

J’étais sans voix.

J’ai appris, ce jour-là, que l’Assurance Maladie francaise avait récemment mis en place le système “des commissions”. Désormais, tout docteur qui diagnostique un cancer chez un patient est tenu de soumettre le dossier de son patient à une commission. Il y a des centaines de commissions en France. Chacune est composée d’une douzaine d’experts tel qu’un oncologue, un radiologue, une assistante sociale, un docteur, etc. Sa mission est de réunir des professionnels afin qu’ils définissent le meilleur traitement pour le patient—le plus souvent sans jamais le rencontrer. L’objectif d’une commission est d’éviter une erreur de diagnostic qu’un médecin pourrait commettre ou d’éviter que le médecin en question ne prescrive un traitement inadéquate. Au bout du compte, les commissions sont là pour sauver des vies.

Dans quasiment tous les cas, les patients suivent l’avis des commissions.

Mon chirurgien était en faveur de la tumorectomie (l’opération qui consiste à enlever la tumeur uniquement). Pour lui, la mastectomie n’était pas justifiée. Au bout du compte, il m’a laissé le choix : “Je vous suivrai et vous soutiendrai quelque soit votre decision”.

C’était à mon tour de trembler : “j’ai besoin de digérer cette nouvelle. Laissez-moi 24 heures. Je vous appelerai demain pour vous dire quelle est ma décision”.

Les heures qui ont suivi ont été parmi les plus intenses de ma vie. Chaque cellule de mon corps me disait qu’il fallait que je garde mon sein.

J’ai appelé mon chirurgien le lendemain comme prévu : “Gardons notre première décision. Je préfère que vous enleviez la tumeur et que vous conserviez le reste du sein”.

Deux mois plus tard, j’avais rendez-vous avec l’oconlogue qui allait désormais me suivre et m’accompagner pendant la chimio. C’était la première fois que je le rencontrais. Je ne savais qu’une seule chose de lui : il était celui qui avait présidé “la commission”. Quand je suis entrée dans son bureau, il s’est exclamé : “alors, c’est VOUS” !

Il a eu un étrange sourire quand je lui ai dit que j’étais yoga thérapeute. Nous nous sommes vus toutes les trois semaines pendant huit mois. Non seulement il connaissait mon dossier médical mais il savait aussi que je divorçais et que mon père était atteint d’un cancer du poumon inopérable.

J’ai fini par guérir. Et me voici quatre ans plus tard—en bonne santé.

Je me souviens de ses paroles juste après la chimio : “continuez à faire ce que vous faites”. C’est exactement ce que je fais : je pratique la yoga thérapie et j’écoute mon intuition.

J’écoute toujours les signes

Les signes et les synchronicités sont toujours là–ils font partie intégrante de ma vie–si je les écoute. La naissance de Raina, le bébé d’une de mes clientes, illustre comment je laisse ces signes me guider.

Quelque chose d’extraordinaire se passe le 28 mars dernier. Ma cliente, Ronika, donne naissance à sa petite fille, Raina Ali Ruff. Il se trouve que le 28 mars est aussi le jour de mon anniversaire.

Je vois Ronika en séance individuelle une fois par semaine depuis le début de sa grossesse. L’objectif est d’accompagner ma cliente pendant cette période d’émotions intenses.

Chaque séance est d’une force incroyable. Chaque séance aide Ronika à retrouver une partie d’elle-même qu’elle avait oubliée et à se préparer, émotionnellement et physiquement, pour l’arrivée de sa troisième fille.

Pendant la dernière séance avant son accouchement, Ronika se sent particulièrement émotive. Elle est au coeur d’un dilemme. Elle n’est pas sûre de vouloir la présence de son partenaire (et le papa de sa fille) dans la salle de travail.

Afin d’aider Ronika à ressentir ses sentiments profonds, je lui raconte les circonstances de ma propre naissance. C’est une chose que je ne partage que rarement. Ce jour-là, ma mère est seule avec l’équipe medicale dans la salle de travail d’une clinique parisienne. Au même moment, mon père choisit de rester en province, avec sa petite équipe, sur le chantier d’une école en construction qu’il est sur le point de finir. Ils ont encore deux jours de travail devant eux avant de recevoir leur paye dont ils ont vraiment besoin. Ils sont tous fauchés.

Je vis  pendant plus de cinq décennies avec le sentiment que mon arrivée au monde n’a pas été suffisament importante pour que mon père lâche tout pour être là, dans la salle de travail, avant de réaliser que son choix –certes difficile à décrypter– était lui aussi motivé par l’amour, l’amour qu’il avait pour moi et pour sa famille.

Raina Ali Ruff

Sans voix

Ma propre histoire laisse Ronika sans voix et résonne profondément chez elle.

Une semaine plus tard, le papa de Raina se trouve dans la salle de travail. Il est là, présent, et accueille sa petite fille lorsqu’elle pousse son premier cri. Sa présence réconforte Ronika et a un impact positif sur l’histoire de la naissance de Raina, une histoire qu’elle portera sa vie entière.

Je vois le jour de la naissance de Raina comme un signe, une synchronicité qui m’indique que je suis sur le bon chemin en enseignant la yoga therapie comme que je le fais. Cette naissance valide aussi mon ressenti sur ma propre arrivée au monde, sur l’amour de mon père. La naissance de Raina Ali est le plus beau cadeau d’anniversaire que j’ai jamais eu.

C’est le psychologue suisse Carl Jung qui a inventé le terme « synchronicité ». Voici la définition qu’il en donne : « la coïncidence significative de deux évènements, ou plus, qui implique autre chose que la simple probabilité du hasard ».

Aujourd’hui, Raina a quatre mois. Ses parents et le personnel de sa crêche, tous s’étonnent de son calme en toute circonstance.

Il y a quelque chose qui m’aide a reçevoir les signes. C’est l’écoute. La capacité a écouter ce que la vie apporte sur mon chemin. Je cultive cette capacité lorsque je pratique le yoga que ma professeure, Aline Frati, m’a enseigné pendant 14 ans, jusqu’à sa disparition.

Pratiquez quelque chose qui vous aide à écouter. Puis, écoutez. Portez attention sur les signes. Considérez-les comme des informations que l’univers vous envoie. Et tenez-en compte lorsque vous êtes prêt(e) à faire votre prochain pas. Adoptez cette méthode dès maintenant.

Mon père et moi en Espagne.

Trouvez ce qui vous apporte de la joie et faites-le à haute dose !

Si vous voulez vivre longtemps et en bonne santé, faites des choses qui vous apportent de la joie. Ces choses-là vous rapprochent de votre nature profonde. Et tout ce qui vous rapproche de votre nature profonde est le chemin vers plus de bien-être et de santé.

J’ai passé le long week-end de Memorial Day à faire quelque chose que j’aime, de la contradanse. En tant que française, J’ai du mal à expliquer ce qu’est la contra. Je n’en avais jamais entendu parler jusqu’au jour où une amie, Stephanie, m’a amenée au “Contra Danse Hall” au festival de musique LEAF à Asheville en Caroline du Nord. Il faut dire que la plupart de mes amis américains, non plus, ne connaissent pas la contra. On appelle ça une “subculture” ici.

La contradanse est inspirée des danses anglaises et françaises du 17e siècle, revues à la sauce américaine en quelque chose de swinguant et festif. On danse la contra avec un ou une partenaire en formant deux lignes, l’une pour les femmes et l’autre pour les hommes. Les partenaires sont face à face pendant qu’un “caller” indique les pas à faire. Qui dit contradance dit aussi musique live. La contra se danse sur de la musique celtique, celle des Appalaches du Sud, du jazz, du blues par des musiciens qui se produisent live. Le rythme de la contra, ce sont les esclaves qui l’ont apporté d’Afrique. Pendant la danse elle-même, les deux lignes de danseurs forment des cercles, des rectangles, toute sorte de formes géométriques. Vue du ciel, la contradanse ressemble à un kaléidoscope d’hommes et de femmes.

Quand je contradanse, je virevolte, je bascule à gauche, à droite, je change de place avec le danseur en face de moi, je regarde mon partenaire dans les yeux. C’est vivant et vibrant. Bref, j’aime la contra. L’autre jour, un danseur m’a dit que la contra est une activité puissante, que c’est de l’amour. Sa description me parle. Ce qui est certain c’est que la contra m’a permis de me reconnecter avec une de mes passions, la danse, que j’avais choisi d’oublier depuis mon adolescence. Je n’aurais jamais imaginé que j’allais revenir à la danse tant d’années plus tard et sous cette forme-là. La vie trouve toujours le moyen de me surprendre.

Nourrir notre âme

Pourquoi parler de contra sur un blog dont le sujet est la yoga thérapie, vous me direz ? Parce que la contra apporte de la joie. Et quand nous ressentons de la joie, nous nourrissons notre âme. Et quand nous nourrissons notre âme, nous facilitons le chemin vers notre guérison physique ou émotionnelle.

Que vous soyez sur le chemin de la guérison ou tout simplement à la recherche de plus de vie, je vous encourage à examiner ce qui vous apporte durablement de la joie, ce qui nourrit votre âme. Nourrir votre âme vous rapproche de ce que vous êtes au plus profond de vous. Baruch Spinoza, le philosophe hollandais du 17ème siècle, est le penseur qui s’est le penché le plus longuement sur cette émotion. Il est arrivé à la conclusion qu’à chaque fois que l’on fait un pas vers ce que l’on est au plus profond, on fait l’expérience de la joie.

Lâcher les vieilles croyances

Ce mouvement vers ce que l’on est au plus profond, vers la joie, exige parfois de lâcher des croyances ou des schémas répétitifs. C’est ce qui m’arrive. J’ai grandi dans une famille où le “dur labeur” était omniprésent avec peu de place aux plaisirs de la vie. Chaque jour, je ré-évalue la place du travail tel que je l’entendais auparavant et je ré-organise ma vie de manière à ce que la joie prenne la place centrale. C’est une vigilance de chaque instant pour moi qui ait grandi avec l’effort souvent comme seul compagnon.

Je me souviendrais toujours de ce docteur et nutritioniste que j’ai rencontré en 2004 à Paris. Je venais de reçevoir le diagnostique de mon premier cancer du sein. Il m’a donné des conseils sur la nutrition que je continue à suivre aujourd’hui. Il m’a aussi parlé de cet homme qui avait eu un cancer incurable. Les docteurs lui donnaient un an à vivre. L’homme avait alors decidé de vivre le rêve de sa vie et de parcourir le monde sur un bateau à voile. Contre toute attente, l’homme a guéri et vécu bien longtemps après avoir reçu son funeste diagnostique. Mon docteur a fini notre conversation en me disant, “si il y a quelque chose dont vous rêvez, faites-le, cela peut changer beaucoup de choses”.

Mi mai, j’étais au festival de Leaf à Asheville (Caroline du Nord) où je n’ai pas pu m’empêcher de passer le plus clair de mon temps dans le « contradance hall ». Dans la soirée du samedi 12 mai, nous étions 250 danseurs à swinguer jusqu’à pas d’heure. Photo: Patrick Olin.